En février 2001, notre papa, Michel Clément, avait pris le temps d'écrire l'histoire de Montgellafrey et de Saint-François-Longchamp — le village où j'ai passé toutes mes vacances depuis 1972 (date d'acquisition d'un appartement sur plan dans l'immeuble La Lauzière), celui que j'arpente encore aujourd'hui, avec d'autres yeux. Vingt-cinq ans plus tard, je reprends son texte, je le complète et je vous le partage tel quel, avec ses trouvailles, ses drames et ses petites fiertés locales.
📄 Page de garde du document original, tel que rédigé par notre papa le 7 février 2001.
Michel Clément, février 2001« Ce petit rappel historique, sans prétention, pour répondre aux questions que vous pourriez vous poser sur les indigènes de ce village de montagne, sur leurs origines et les débuts de cette station, autrefois alpage de la commune de Montgellafrey. »
C'est le genre de texte qu'on retrouve un jour dans un tiroir, ou sur une clé USB oubliée, et qu'on n'ose plus vraiment toucher. Notre papa y avait mis des centaines d'heures de recherches, sa mémoire de gamin du pays et une bonne dose d'humour savoyard. Je n'ai rien voulu lui enlever. J'ai simplement vérifié ses dates, complété ce qui s'est passé depuis, et remis tout ça en forme pour que vous puissiez, vous aussi, comprendre d'où vient ce village avant d'y poser vos valises.
Des Ligures aux Ducs de Savoie
Bien avant Jésus-Christ, des chasseurs venus de la Méditerranée — les Ligures, puis les Médulles — s'installent dans ces montagnes. Les Romains « pacifient » la vallée entre 25 et l'an 7 avant J.-C., avant d'accueillir le peuple burgonde, venu des bords du Danube, qui s'établit dans la région en 443. Les Francs envahissent la Sabaudia en 553, et à la mort de Charlemagne, en 806, elle intègre le Saint-Empire romain germanique — elle y restera jusqu'en 1713.
C'est en 1032 qu'Humbert aux Blanches-Mains, originaire de la région de Saint-Jean-de-Maurienne, fonde la dynastie de Savoie. Le Comté de Savoie est créé en 1268, et c'est en 1270 qu'apparaît pour la première fois, dans un document, le nom de « Mons Gelafredus » — littéralement « le mont de Gelafrey » —, origine du nom de Montgellafrey. En 1416, le Comté devient Duché.
À partir de l'an 1000, les moines de l'abbaye de Tamié défrichent et essartent les montagnes pour y créer les premiers alpages — sans doute par le Col de la Madeleine, là où l'on skie aujourd'hui. Une tradition d'estive tarine s'installe sur le versant mauriennais du col, et ne s'est jamais vraiment interrompue depuis.
Épidémies, incendies et occupations : le lot commun des villages de montagne
L'histoire de Montgellafrey, comme celle de tant de villages alpins, est ponctuée d'épreuves. La peste noire de 1348 décime la moitié des habitants de la Savoie — on ignore si la montagne fut aussi durement touchée que la vallée. Une dernière épidémie, en 1630, amenée par les troupes de Louis XIII revenant du Montferrat, fait 14 morts dans la commune.
Les incendies, eux, reviennent presque à chaque génération : 1764 et 1787 au chef-lieu de Montgellafrey (7 morts en 1764, dont 5 enfants), 1805 au hameau du Sappey des André (7 morts, dont un bébé de 4 mois), 1823 au village du Bey (31 maisons), 1836 à Charrière, 1855 au Replat. Le bois, le feu et l'isolement montagnard ne pardonnaient guère.
Les troupes françaises — François Ier, Henri IV, Louis XIII — envahissent régulièrement la Savoie, jusqu'à détruire le château de La Chambre, tout en imposant l'état civil en français dès 1539. En 1742, les troupes espagnoles occupent la vallée durant six ans, laissant un souvenir douloureux de « taxations » forcées des paysans. Un épisode réparé, d'une manière inattendue, deux siècles plus tard : en 1938, ce sont des réfugiés républicains espagnols qui construisent la route du Col de la Madeleine côté Maurienne.
La Révolution française, dans ce village très catholique, est modérément appréciée. Des prêtres refusent d'abjurer ; certains sont déportés — comme Antoine Ravoire, de Montgellafrey, envoyé au bagne de l'Île de Ré en 1799, évadé l'année suivante, réfugié dans les grottes de Saint-Colomban-des-Villards, devenu curé de Villargondran, puis tué par des brigands en 1827. Sous Napoléon, la conscription n'est guère mieux vécue : des conscrits se cachent en forêt, d'autres se mutilent l'index pour y échapper — le maire de l'époque, Joseph Diernaz, fera tout pour présenter des recrues « inconvenables », ce qui vaudra une forte amende à la commune.
1860 : et la Savoie devint française
De 1815 à 1860, la Savoie fait partie du Royaume de Sardaigne-Piémont. En avril 1860, au sein du Second Empire de Napoléon III, elle devient définitivement française à l'issue d'un référendum, se tournant, selon la formule consacrée, « vers le pays où coule ses fleuves ». Le premier maire de la commune de Montgellafrey — qui englobe alors Saint-François — est Jean André, élu en 1861.
C'est une période rude : en 1838, la commune atteint son maximum démographique avec 915 habitants. À partir de cette date, la population ne cesse de diminuer — exode vers les villes, terres insuffisantes pour nourrir tout le monde. Les ramoneurs, colporteurs et déménageurs mauriennais prennent l'habitude de partir travailler l'hiver à Paris, Levallois-Perret, Troyes ou Château-Thierry — une tradition saisonnière que l'arrivée du chemin de fer à Saint-Jean-de-Maurienne, en 1856, ne fera qu'accentuer.
1904 : Saint-François prend son indépendance
En 1904, les villages de l'Envers — l'Épalud, le Planey, les Covatières, le Bon-Mollard, la Cublière — se séparent de Montgellafrey pour former la commune de Saint-François-sur-Bugeon, avec 204 habitants. Son premier maire, François-Antoine Mollard, restera en poste quinze ans ; la mairie s'installe au Planey, dans le bâtiment de l'école communale.
La Grande Guerre frappe durement les deux communes : 33 morts entre Montgellafrey et Saint-François (23 et 10), pour la plupart mobilisés dans les bataillons de chasseurs alpins — 7 tombés en Alsace dès les premiers jours, 10 dans la Somme et à Souchez sans que leurs corps ne soient jamais retrouvés, 5 à Verdun. En 1928, le refuge du Touring Club de France est construit au Col de la Madeleine — anciennement « col de Colombe » —, sur l'emplacement d'un ancien hôpital, puis d'une chapelle dédiée à Sainte-Madeleine.
1936 : la naissance d'une station
Tout commence timidement. En 1936, un garagiste de La Chambre, M. Teule, construit le premier téléski. La même année, un citoyen suisse de Bâle, Adolf Grieder, bâtit le chalet « Joie de vivre » — qui deviendra plus tard l'ATC. Les premières photos de ski à Saint-François datent de cette année-là.
De 1938 à 1949, Jean Bernard fait véritablement démarrer la station, avec Gabriel Julliard et le Docteur Prallet d'Aiguebelle, en créant une SCI qui deviendra la SAGLAT. Il acquiert peu à peu les terrains nécessaires à la pratique du ski, et devient le premier moniteur diplômé — à Val d'Isère — de Saint-François, en 1938-39. Le financement des premiers bâtiments d'après-guerre se fait grâce aux « dommages de guerre » ; la Norvège offre même six chalets en bois en kit, dont l'actuel Bouquetin.
La vraie construction de Saint-François-Longchamp démarre en 1950-51, avec le premier téléski « Les Clochettes », à moteur Citroën, puis le téléski du Roc Noir en 1951-52, construit par Jean Pomagalski. C'est cette année-là, en 1951, que Madame Killy, venant de Val d'Isère, s'installe à la Station basse avec ses trois enfants, dont Jean-Claude, qui fréquente un temps l'école du Planey puis le collège de Saint-Jean-de-Maurienne. Le futur triple champion olympique de Grenoble 1968 s'entraîne sur les pentes du Roc Noir, à l'époque le téléski le plus long et le plus rapide de Savoie.
Parmi les archives de notre papa figure une photographie des « Pionniers de la station de Saint-François » en 1936 — dix-huit personnes posant devant les premiers chalets, nommées une à une : Christian Holl (qui donnera son nom au Roc Noir), André Brun, Joseph et Joséphine Pithoud, Louis Montaz, les frères et sœurs Vinit... Des noms de famille que l'on croise encore aujourd'hui au village.
Les Trente Glorieuses de la station
Les décennies suivantes voient la station grandir régulièrement : l'hôtel-restaurant « Le Grenier » et « La Vigie » en 1953, « Le Lac Bleu » de Jean Bernard en 1954, la route goudronnée en 1955. En 1963, jour de Pâques, Adolf Grieder décède ; il est enterré, par décision préfectorale exceptionnelle, face au Pic de l'Étendard, près de l'actuel télésiège de la Lauzière.
En 1969, Saint-François-sur-Bugeon devient officiellement Saint-François-Longchamp. La même année, le Tour de France y passe pour la première fois — Eddy Merckx remporte son premier Tour cette année-là. La route côté Tarentaise rejoint enfin celle de Maurienne au Col de la Madeleine en 1968-69, après vingt ans de travaux.
Le tournant décisif survient en 1983 : la liaison avec Valmorel donne naissance au Grand Domaine, qui structure encore aujourd'hui l'identité skiable de la station. En 1985, la piscine et le centre sportif ouvrent leurs portes ; en 1987, la Maison du Tourisme est inaugurée, marraine Fanny Cotençon.
Michel Chevessend devient maire de Montgellafrey — il le restera encore en 2001, date d'écriture du texte original.
Élection de Patrick Provost, maire de Saint-François.
Rémy Loisirs reprend en main les destinées de la station et restructure les remontées mécaniques.
L'autoroute arrive enfin à La Chambre.
L'autoroute de Maurienne est achevée ; la liaison avec l'Italie se fait par le tunnel routier du Fréjus.
Ce que notre papa a vécu, sans l'écrire
Le texte original de notre papa s'arrête en février 2001, sur ces mots : « le projet des Longes se réalise ». Vingt-cinq ans ont passé depuis, et l'histoire, elle, a continué de s'écrire. Voici, en toute logique, la suite qu'il n'a pas pu raconter.
La station poursuit sa montée en gamme dans les années 2010, avec notamment un espace bien-être en 2010, puis l'ouverture du télésiège Le Soleil Rouge en 2013, qui étend encore le domaine skiable côté Grand Domaine.
Mais l'événement le plus marquant, celui qui a sans doute amusé notre papa, survient en 2016 : Saint-François-Longchamp, Montgellafrey et Montaimont fusionnent en une commune nouvelle, qui reprend le nom de Saint-François-Longchamp. Cent douze ans après leur séparation de 1904, les deux villages se retrouvent réunis — comme un clin d'œil de l'histoire à celle que notre papa avait patiemment reconstituée.
Mon regard de conseiller local
Je vends des biens à Saint-François-Longchamp depuis plusieurs années, mais c'est la première fois que je prends le temps de raconter, aussi précisément, d'où vient ce village. Ce que j'en retiens, en tant que Savoyard et en tant que professionnel : cette station n'est pas née d'un plan marketing ni d'un promoteur venu de l'extérieur. Elle s'est construite, chalet après chalet, téléski après téléski, par des familles du pays — les Diernaz, les Bernard, les Pithoud, les Vinit — dont les descendants vivent encore souvent ici. C'est ce genre d'ancrage qui donne à un territoire sa vraie valeur, bien au-delà du prix au mètre carré.
Si vous envisagez d'acheter, de vendre ou d'investir à Saint-François-Longchamp, je vous invite à consulter mon dossier complet sur le marché immobilier de la station — secteurs 1450 et 1650, prix, rentabilité locative. Et si vous préférez simplement en discuter, ma porte reste ouverte.
— à la mémoire de Michel Clément (†29 mai 2021) —
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