Le Lyon-Turin est souvent résumé à ses chiffres vertigineux : des décennies de travaux, des milliards d'euros et un tunnel de base de 57,5 km. Mais une autre révolution se joue en coulisses, beaucoup plus proche de notre quotidien en Savoie : celle de l'économie circulaire et de la préservation des paysages de la vallée. Elle porte un nom de code — le CO11 — et elle mérite qu'on s'y attarde.
1. Le CO11 : le chantier qui gère la roche du tunnel
Le CO11 (chantier opérationnel 11), baptisé « Gestion et emploi des matériaux excavés », est l'un des chantiers du programme Lyon-Turin côté français. Sa mission est monumentale : trier, acheminer et valoriser près de 23 millions de tonnes de matériaux extraits du tunnel de base du Mont-Cenis, sur un périmètre qui s'étend de Saint-Jean-de-Maurienne à Modane.
TELT, le maître d'ouvrage, a confié ce chantier au groupement d'entreprises GEME Lyon Turin, piloté par Eurovia (agence Alpes Savoie) et réunissant notamment Carrières du Bassin Rhônalpin, Granulats Vicat et Spie Batignolles. Plutôt que de considérer ces roches comme de simples gravats à déplacer, l'objectif affiché est d'en réemployer environ la moitié directement sur le chantier : granulats pour le béton du revêtement du tunnel, remblais ferroviaires, plateforme de la future gare internationale de Saint-Jean-de-Maurienne.
2. La station d'Illaz : la roche devient ressource
Le cœur industriel du dispositif se trouve à Saint-Julien-Montdenis : la Station de Traitement des Matériaux (STM) d'Illaz, inaugurée le 9 octobre 2025 par TELT et le groupement GEME, en présence des élus du territoire. C'est la première installation de ce type sur les chantiers français du tunnel de base — et la plus grande installation à ciel ouvert du programme.
Concrètement, les roches extraites y sont triées, lavées, concassées et transformées sur place en granulats de haute qualité. L'installation est hautement automatisée, pilotée à distance, et fonctionne en semaine de 7h à 20h, avec un contrôle continu du bruit et des poussières pour préserver la tranquillité des riverains. Les granulats produits repartent ensuite… directement dans le tunnel, par bandes transporteuses, pour fabriquer le béton de l'ouvrage.
« Le site d'Illaz est un élément clé du chantier, qui transforme la roche du tunnel en ressources pour l'ouvrage. »
3. Un chantier « vert » pour préserver l'air de la vallée
Pour les habitants comme pour les futurs acquéreurs en Maurienne, la question des nuisances liées au trafic routier est légitime. C'est là que le CO11 déploie sa solution la plus spectaculaire : un réseau de plus de 5 kilomètres de bandes transporteuses électriques reliant les points d'extraction aux sites de traitement et de dépôt.
Le bilan est limpide : plus de 700 000 trajets de camions évités dans la vallée. Moins de CO₂, moins de poussière, moins de bruit sur les routes de Savoie — avec un suivi acoustique et atmosphérique mené en continu. Quant aux matériaux non réutilisables, ils ne sont pas abandonnés : ils rejoignent des sites de dépôt dédiés qui serviront à des projets de renaturation et d'intégration paysagère, redessinant positivement certains reliefs de la vallée d'ici la fin de la décennie.
Le CO11 doit employer plus de 300 personnes au pic d'activité, au sein d'un chantier global qui monte en puissance : TELT et la Démarche Grand Chantier annoncent plusieurs milliers de postes à pourvoir côté français d'ici la fin des travaux, dans une cinquantaine de métiers (coffreurs, électriciens, conducteurs d'engins, géomètres…). Un vivier d'activité durable pour les entreprises et les actifs de la vallée.
4. Quel impact pour l'immobilier et l'attractivité de la Maurienne ?
Pour notre marché immobilier savoyard, cette gestion écoresponsable est un signal fort : le dynamisme économique lié au Lyon-Turin avance main dans la main avec la préservation du cadre de vie.
Une attractivité préservée
Les acheteurs de résidences principales ou secondaires — souvent amoureux de la nature et de nos stations 4 saisons — constatent que même les infrastructures les plus lourdes intègrent désormais des critères environnementaux stricts. Un chantier qui évite 700 000 camions n'a pas le même impact sur l'image d'une vallée qu'un chantier subi.
Une économie locale alimentée dans la durée
La montée en puissance du chantier — main-d'œuvre qualifiée, sous-traitants, services — renforce la demande en logements et en locaux d'activités sur tout l'axe Chambéry – Maurienne. J'analyse en détail cette mécanique (marché locatif meublé, dispositif FIL Maurienne, valorisation à deux vitesses) dans mon décryptage complet Lyon-Turin & immobilier en Maurienne.
Mon regard de conseiller local
Le Lyon-Turin ne fait pas que creuser la montagne : il façonne un territoire plus durable, plus connecté, tourné vers l'avenir. Sans en faire une promesse de plus-value automatique — je m'en garde toujours — c'est un élément objectif de plus au dossier pour ceux qui envisagent de s'installer ou d'investir en Maurienne. Et sur le terrain, la demande locative des salariés du chantier, elle, est déjà bien réelle.
Vous avez un projet en Maurienne ?
Achat résidence principale, investissement locatif, estimation d'un bien à vendre — je connais ce territoire de l'intérieur. Parlons-en, sans engagement.